La chienne.

Un mot. Un simple mot. Mais pas anodin. Il fait de suite frémir de plaisir, allume la libido, fait fantasmer. Il projette des images, des idées, des envies. Et pourtant, selon où tu te places dans le vaste univers de la sexualité, il peut te parler d’une manière ou d’une autre.

Alors, quand on parle de chienne, on parle de quoi ? Et avant tout, garde à l’esprit que personne ne peut te contraindre à quoi que ce soit. Ton corps, ta décision. Point barre.

Pourquoi ce mot en particulier ?

Il n’y a pas de traçabilité claire. En faisant des recherches, voici ce que j’ai trouvé. D’abord, l’insulte au plus fort de la domination du patriarcat : « chienne » ou « bitch » en anglais. Une femme qui ne respectait pas son mari.

Nous trouvons aussi le fait que dans les sociétés occidentales, le chien est fidèle et obéissant à son maître. Une relation de pouvoir, de domination. Le chien est l’animal le plus domestiqué.

Dans l’univers BDSM, c’est le prolongement de la relation Maitre/esclave, ce jeu viendrait du monde gay, et trouverait ses origines après la Seconde Guerre mondiale avant de se structurer dans les années 70.

Côté psychologie

Là encore, pas d’origine unique, mais, entre les discussions au sein de notre couple et avec d’autres personnes, ce qui ressort, c’est le soulagement de la responsabilité et de la décision, la catharsis, l’accès à un état modifié (le subspace), et le plaisir de l’échange de pouvoir fondé sur la confiance.

Pour certaines personnes, c’est aussi une manière de se réapproprier un contrôle perdu/volé : je décide. Et ici, je décide de ne plus décider.

Maintenant, voyons ce que ce mot peut cacher selon les contextes, sous les trois prismes les plus courants.

La chienne version vanille

Il y a d’abord le très commun « je veux être ta chienne » ou encore « je veux que tu sois ma chienne ». Ou encore, « je vais te baiser comme un chien », plus rare. Le mâle apprécie rester humain, et rabaisser sa partenaire au rang d’animal. Sans doute une trace du patriarcat.

Alors, dans ce cadre-là, nous sommes plus dans une relation « vanille épicée », nous ne sommes pas tout à fait dans le kink ou le bdsm.

L’idée est d’être un peu plus bestial, un peu plus sauvage, on pose un pied dans le « trash-talk« , on commence à faire tomber quelques barrières. Sans obligations aucune d’aller plus loins.

Pas d’accessoire, mais des mots crus donc, parfois quelques insultes, on laisse plus l’émotion prendre la main, on lâche un peu plus prise.

La relation est un peu plus brutale, les mains serrent plus, les coups de reins se font plus forts, le souffle est plus proche du râle, on est dans une relation bien plus dense qu’un simple câlin.

La chienne façon club libertin

C’est le gros fantasme qui circule dans les allées des clubs libertins. Le mot qui se chuchote, qui fait grimper la température, l’adrénaline.

Ici, on change de registre. Et là, ce n’est pas ouvert à tout le monde. Avant d’en arriver là, le couple a déjà fait un bout de chemin. Les discussions entre les deux parties ont conduit jusque-là. Et bien entendu, on est dans un consentement total, de part et d’autre.

Attention : si l’un des deux se sent obligé de le faire pour faire plaisir à l’autre, il y a un vrai danger dans la relation. Ce genre de jeux ne peut se réaliser qu’avec l’accord et surtout l’envie des deux partenaires.

Dans le cas du club, on peut voir la chienne comme un corps offert sans conditions, ou alors, très peu, en fonction de ce qui est décidé au sein du couple. On va parler d’une saillie. Quand on parle de saillie, dans un club, tout le monde comprend de quoi il est question.

Bien entendu, il y aura un code de sécurité au sein du couple pour mettre fin au jeu quand madame le souhaitera. On peut aussi définir un nombre de partenaires limite ou à atteindre selon comment on souhaite vivre le moment. Les limites sont définies en avance, et en cas de souci, le mot code sera utilisé pour mettre fin immédiatement au jeu, sans conditions.

Au fait, on sort toujours couvert. Jamais sans protection, on ne fait pas les cons.

La chienne, façon petplay

Ici, nous rentrons dans un tout autre univers. Le petplay. Le principe est de déshumaniser l’un des deux partenaires. Souvent, la femme. Mais il arrive que ce soit l’homme aussi. Il n’y a pas de règle à proprement parler pour savoir qui sera chien ou chienne, si ce n’est les goûts au sein du couple.

Ici, on va avoir souvent recours à des accessoires. Le collier et la laisse pour commencer. Puis, on peut pousser, avec des gants qui vont imiter les pattes d’un chien. On peut aussi immobiliser les bras et les jambes pour forcer la personne à marcher à quatre pattes sur les genoux.

Attention tout de même, marcher à quatre pattes est douloureux, inconfortable. Il existe des genouillères conçues pour ce type de jeu, mais ce n’est pas très élégant, pas vraiment sexy. La marche à quatre pattes est à réserver à des moments précis, ritualisés.

On peut ritualiser, attacher le ou la partenaire à un radiateur, le faire manger et boire dans une gamelle. On ajoute l’interdiction de parole, l’obligation d’aboyer. On peut avoir une cage, un tapis spécial pour que le chien vienne s’y coucher. L’idée est ici de faire vivre l’expérience canine avec le plus de fidélité possible.

On peut aussi, selon le degré de complicité entre les deux partenaires, pousser le délire et apprendre des postures canines, comme faire la belle, se rouler par terre, apporter les chaussons, et ainsi de suite. Là, c’est une question d’imagination.

Cette expérience peut aussi être publique, dans des cercles fermés, des rassemblements dans des donjons ou des soirées BDSM spécialisées. Encore une fois, tout est une question de limites et de consentement au sein du couple.

Respecter la chienne

Une chienne reste une personne. Et une personne que l’on respecte. Cette personne n’est une chienne que dans le temps donné d’un jeu. Si pour une raison ou pour une autre, elle dit non, ce n’est pas négociable, ni une invitation à la forcer. Certainement pas. Le respect et l’attention doivent toujours présider.

Alors oui, on est dans un moment de lâcher-prise, un moment à haute intensité, on peut perdre pied, mais il faut toujours avoir la capacité de veiller sur son partenaire de jeu, et à tout arrêter si besoin est.

Garder l’esprit ouvert

Ensuite, quand tu lis ce type d’article, le but est que tu comprennes. Quoi ? Que ces gens sont des tarés ? Non. Ils sont dans la volonté de vivre une émotion forte, et le lâcher-prise.

Le club libertin et le petplay sont des moyens de totalement déconnecter de la réalité, de vivre un moment qui sort du quotidien, de l’ordinaire, une façon de ne plus avoir aucune responsabilité, de ne plus décider, de se dégager de toutes formes d’obligation. On ne s’appartient plus. Et pour bien des gens, ça fait un bien fou mentalement.

Et, de par mon métier, je vois des tas de gens qui ont un mal de chien à lâcher prise, qui sont pris d’une angoisse terrible quand ils ne contrôlent pas. Alors, quand tu es face à des gens qui ont cette capacité, je crois que cela mérite un peu de respect, d’autant plus que personne ne te demande d’en faire autant.

Ce type de jeu, c’est tout oublier, tout couper, et se laisser porter. On s’en remet au partenaire qui nous accompagne, on lui fait confiance pour veiller sur soi, et on y va. On va prendre du plaisir, ne plus décider, ne plus avoir de responsabilité, juste le plaisir.

Encore une fois, ce billet n’est pas là pour te pousser à envisager quoi que ce soit. Il existe pour te montrer ce que le terme « chienne » peut cacher, pour mieux le comprendre et l’appréhender. La décision de jouer ou non te revient toujours.