Anne est sur le canapé. La lampe à côté, la couverture sur les jambes, le téléphone dans la main. Elle lit. Je la regarde par-dessus l’écran de ma série. Je vois ses lèvres bouger légèrement, parfois — elle articule sans s’en rendre compte.
Je vois ses tétines à travers son t-shirt, qui pointent par à-coups. Je sais ce qu’elle est en train de lire. Le récit du soir. Une de ses petites histoires qu’elle se met sous le nez avant de dormir, pour ramoner la mécanique.
Ce soir, c’est l’histoire d’une soumise qui se prostitue pour la première fois. Elle me l’a dit tout à l’heure. Elle adore ce genre de truc en ce moment. Les premières fois. Les filles qu’on emmène, qu’on présente à des inconnus, qu’on offre. Forcément. Avec la tournante qui approche, ça travaille.
Je la laisse lire. Je suis bien, posé. La série tourne, je suis vaguement les images. Je l’observe surtout elle. Sa façon de respirer un peu plus court par moments, sa main qui descend sous la couverture sans qu’elle s’en rende compte, qui remonte, qui hésite. Elle ne se touche pas — elle sait qu’elle n’a pas le droit sans permission — mais l’envie est là. Elle en crève d’envie.
Et moi je trouve ça beau, ce petit théâtre sous la couverture, cette discipline qui tient malgré l’excitation.
— Elle en est où ta soumise dans le récit ?
Elle relève les yeux.
— Elle vient de… le client est dans la chambre. Il l’a fait s’agenouiller. Il lui demande de demander.
— De demander quoi ?
— D’être prise. D’être payée. Il veut qu’elle dise les mots.
— Et elle les dit ?
— Oui.
— Et toi ça te fait quoi quand elle les dit ?
Elle sourit. Elle a ce sourire un peu fuyant qu’elle a quand on touche à quelque chose qui la travaille pour de bon.
— J’aime bien.
— Précise.
— J’aime quand on l’oblige à parler. Quand elle a pas le choix. Quand elle doit dire merci, ou s’il vous plaît, ou décrire ce qu’elle veut.
— Te faire dire les mots, c’est ça que tu veux ?
Elle hoche la tête.
— Oui.
— Parce que c’est plus humiliant ?
— Oui.
— Et ça, ça t’excite.
— Oui Maître.
Je la laisse mariner deux secondes. Je vois bien qu’elle est bien, là, qu’elle commence à entrer dans le truc.
— Et la peur, dans ce récit, elle est où ?
Elle réfléchit.
— Elle a peur que ce soit moche. Que ce soit froid. Que le mec ne la regarde pas, qu’il la prenne juste comme un trou.
— Et toi t’aurais peur de ça ?
— Un peu.
— Mais tu le veux quand même.
— Oui.
— Bien.
Je la regarde une dizaine de secondes sans rien dire. Elle reprend sa lecture. Le silence s’installe. La série continue. Il est presque vingt-deux heures.
Elle finit son chapitre, dépose le téléphone, étire ses bras au-dessus de sa tête.
— Bon, j’vais me coucher.
— Vas-y.
Elle se lève. Elle passe aux toilettes, je l’entends fermer la porte. Elle revient quelques minutes plus tard, vient s’arrêter devant le canapé. Elle porte son t-shirt large, sa culotte, ses chaussettes. Elle a son visage de fin de soirée, propre, un peu fatigué.
— Bonne nuit Maître.
— Va te changer.
Elle me regarde une seconde. Le temps qu’elle traite l’information. Je vois la bascule dans ses yeux. Une seconde avant, elle allait dormir. Maintenant, le programme change.
— String. Bas. Talons. La veste noire, la courte. Collier de chienne.
Elle sourit. Elle ne demande rien. Elle comprend.
— Oui Maître.
Elle monte. Je l’entends à l’étage. Le tiroir, la porte du dressing. Elle redescend cinq minutes plus tard. Elle s’est faite. String noir, bas noirs, escarpins. La petite veste noire, courte, qui s’arrête sous les seins, ouverte. Le collier gris en cuir épais autour du cou — celui qu’on garde pour ces soirs-là, celui avec l’anneau pour la laisse. Elle a mis du rouge à lèvre criard, comme je l’aime, le crayon autour de la bouche pour faire pute, l’eye-liner qui fait ressortir le bleu clair. Elle s’est faite la bouche à pipe sans que je lui demande. Elle a compris où on va.
Je me lève. Je prends la laisse dans le tiroir de l’entrée. Je la lui passe dans l’anneau, je tire un coup sec pour vérifier. Elle ne bronche pas. Elle me regarde, elle attend.
— On y va.
Elle enfile sa veste correctement pour sortir. On sort de la maison, la rue, le soir, il fait doux. À la voiture, je lui prends la veste. Je la pose sur le siège arrière.
— Tu conduis comme ça.
Seins nus. Elle ne dit rien. Elle s’installe au volant. Le collier autour du cou, les bas, les talons sur les pédales, le string qu’on devine sous le ventre. Elle démarre.
Roubaix, la coulée verte. Quinze minutes. On prend la route. Je la regarde conduire, ses tétines qui durcissent au fur et à mesure que la nuit passe sur ses seins par la vitre, les voitures qu’on croise, le risque minuscule mais réel qu’un camionneur regarde de haut au bon moment. Elle sait. Elle conduit calmement.
— Parle-moi de la tournante.
— Oui…
— Oui. Combien de mecs tu aimerais pour te donner en spectacle, pour te faire baiser ?
— Vous m’aviez dit entre 4 et six je crois.
— Oui, mais toi, tu aimerais combien de type.
— Je n’ai pas à choisir Maitre, si vous voulez 5, ce sera 5, plus, ce sera plus.
— Et tu le sens comment.
— Bien.
— Précise.
— J’ai envie. J’ai hâte. J’ai un peu peur.
— Peur de quoi ?
— De pas être à la hauteur. De pas tenir. De faiblir.
— Tu vas tenir.
— Oui Maître.
— Tu vas tenir parce que tu vas pas avoir le choix. Tu vas avoir des bites partout. Dans la bouche, dans le cul, dans les mains. En même temps. Tu vas pas avoir le temps de penser.
Elle hoche la tête. Elle conduit. Ses tétines sont dures comme des billes maintenant. Elle a des plaques rouges qui montent sur le décolleté.
— Ils vont t’utiliser. Ils vont pas te demander ton avis. Tu seras le trou de la soirée.
— Cette idée me plait beaucoup Maître.
— Tu vas servir, t’as compris ? Tu vas être là pour qu’ils se vident. Vide-couilles. C’est ce que tu veux.
— Oui Maître.
— Dis-le.
— Je veux être un vide-couilles Maître. Je veux qu’ils se servent de moi, qu’ils me salissent à l’envie.
— Bien.
Elle a la voix légèrement rauque maintenant. L’excitation monte. Elle bouge le bassin sans s’en rendre compte. Le string doit être trempé.
On arrive. Elle se gare au bout du parking, près de l’entrée du chemin. Je sors. Je fais le tour. J’ouvre la portière. Je lui tends la main, je la fais sortir. Elle est debout sur le bitume, talons aux pieds, bas, string, le collier gris au cou, les seins nus dans la fraîcheur d’avril. Je tiens sa veste dans la main. Je ne la lui rends pas. Elle a compris. Elle ne dit rien.
Je vois la boule dans son ventre. Je la vois respirer plus lentement, prendre son souffle. Mais elle est calme. Plus calme que l’an passé. Le conditionnement a fait son boulot. Elle sait ce qu’elle est. Elle sait pourquoi elle est là.
Je clipse la laisse au collier. Je tire légèrement. Elle suit.
On entre sur le chemin. La coulée verte de Roubaix, à cette heure-là, c’est un tunnel d’arbres et de bitume, les lampadaires espacés, des grandes zones d’ombre entre. Pas un chat. Personne. On marche cent mètres en silence. J’entends ses talons claquer sur le bitume. Je sens la laisse tendue, juste comme il faut. Elle marche un demi-pas derrière, à ma droite, comme on lui a appris.
— Y’a personne, dit-elle au bout d’un moment.
— Non.
— Dommage.
Je souris. Elle est déçue. Vraiment déçue. Elle voulait être vue. Elle voulait des regards, des ombres dans les buissons, des silhouettes au loin qui s’arrêtent. Elle est tellement bien dressée maintenant qu’elle est triste de ne pas avoir de public.
— On verra. On va d’abord travailler.
— Oui Maître.
On avance encore. On passe sous le grand chêne, on arrive à la zone qu’on aime — un petit élargissement, le bitume large, les arbres autour. C’est ici qu’on bosse.
Je m’arrête. Je détache la laisse. Je la tiens lâche dans la main.
— La belle.
Elle se redresse de toute sa hauteur. Le menton qui monte légèrement, les épaules qui partent en arrière, les seins qui sortent. Elle dandine des hanches, doucement, presque imperceptiblement, avec cette espèce de fierté tranquille qu’elle a quand elle se présente. Elle aboie une fois, joyeusement, dans la nuit. Le son monte dans les arbres, rebondit, se perd.
— Cavaler.
Elle part au trot. Les talons qui claquent, les seins qui bougent dans la nuit, le collier gris qui luit sous le lampadaire quand elle passe dessous. Elle s’éloigne de vingt mètres, fait demi-tour, revient. Elle tourne autour de moi, deux cercles, trois, comme une chienne qui revient à son maître. Elle s’arrête à mes pieds.
— À quatre pattes.
Elle descend. Les mains au sol d’abord, les genoux ensuite. Le bitume est froid, je sais. Je la vois inspirer en sentant ça aux genoux. Mais elle ne dit rien. Elle ne proteste pas. On avance comme ça, trois mètres, cinq mètres. Je marche, elle suit, à quatre pattes. Elle pousse deux ou trois aboiements joyeux, pour me dire qu’elle est là, qu’elle est bien.
— Le trou.
Elle pose la joue droite contre le bitume. La joue posée bien à plat, le visage de profil, les yeux ouverts dans l’obscurité. Les bras qui remontent, les mains qui attrapent les fesses, qui les écartent. Lentement. Proprement. Le string a glissé sur le côté, en tout cas elle écarte ses fesses et je vois sa rondelle dans la pénombre, le petit anneau brun qui se contracte légèrement parce qu’elle sait que je regarde. Elle reste comme ça. La joue au sol, le cul en l’air, les mains qui tiennent les fesses écartées. Elle aboie. La joue contre le bitume, le cul présenté à la nuit, et elle aboie. Humiliant. Et je vois qu’elle adore. La façon dont elle tient la position, sans presser, sans chercher à minimiser, sans essayer d’écourter. Elle s’y installe. Elle savoure.
— La soumise.
Elle rampe. Sur les coudes, sur les genoux, jusqu’à mes chaussures. Elle pose les lèvres dessus. Pas un effleurement — elle me l’a déjà fait, ce truc, et je sais maintenant ce qu’elle fait quand elle veut faire ça bien. Les lèvres sur le cuir, puis la langue qui sort, qui passe sur le dessus, lente, méthodique. Elle lèche. Elle suit le bord de la semelle. Elle remonte. Elle redescend de l’autre côté. Et puis elle aboie, la joue posée contre mon pied, comme un chien qui attend qu’on le caresse.
— En rut.
À quatre pattes, elle recule. Elle vient placer son cul contre ma jambe — la cuisse droite, pile au-dessus du genou. Elle commence à frotter. Régulièrement. Le bassin qui va et qui vient, la chatte humide à travers le string contre le tissu de mon jean. Elle grogne, les yeux mi-clos. Un son bas, continu, qui sort du fond de la gorge. Elle frotte. Elle ne se presse pas. Elle s’applique. C’est un truc qu’elle aime — ça, le frottement, l’auto-stimulation autorisée mais limitée, l’objet qu’elle est. Une chienne qui se frotte contre la jambe de son maître, dans le noir, sur le bitume.
— La perverse.
Elle se redresse à genoux. Elle attrape ma jambe avec les deux mains. Elle vient frotter sa chatte directement contre ma chaussure. La pointe du soulier, le coup de pied, elle s’y appuie. Lentement d’abord, puis avec plus de pression. Elle se cale, elle s’accroche. Elle grogne plus fort. Elle est en train de se faire jouir si je la laisse faire — je le vois. Je la regarde. Je la laisse faire un peu. Je vois sa bouche s’ouvrir, le menton qui descend. Je dis :
— La coquine.
Elle change immédiatement. Elle se replace entre mes jambes, dos à moi, face à l’obscurité du chemin. Elle s’assoit sur ses talons, écarte les cuisses en grand. Une main monte, attrape le téton droit, le tire. Pas doucement. Elle le tire. L’autre main descend entre les cuisses. Elle écarte les lèvres avec deux doigts, elle s’expose à la nuit, à un éventuel passant qui surgirait, à personne — au vide. Et elle commence à se branler. Le majeur sur le clitoris, des petits cercles. Elle aboie. Les yeux fixés droit devant, sur le chemin sombre.
— La joueuse.
Elle se laisse tomber sur le dos. Le bitume froid contre la peau du dos, des fesses. Elle lève les bras, les jambes, écartées, comme une chienne sur le dos qui demande qu’on lui gratte le ventre. La chatte bien visible, le ventre nu, les seins qui partent sur les côtés. Et elle aboie, joyeusement, en remuant tout son corps, en agitant les jambes. Une chienne qui joue.
Je la regarde une dizaine de secondes. Elle aboie encore. Elle remue.
Je ramasse un bâton, près du tronc à côté. Une vingtaine de centimètres, sec, propre. Je l’agite devant ses yeux. Elle se redresse à quatre pattes, la tête levée vers le bâton, les yeux qui suivent. Je le lance — quinze mètres devant, sur le bitume.
Elle part. À quatre pattes. Elle cavale comme elle peut sur les mains et les genoux, les talons qui se cognent, les fesses qui montent et descendent. Elle arrive au bâton, elle ouvre la gueule, elle le ramasse — avec un peu de terre, de la poussière, un brin de feuille morte. Elle se retourne, et elle revient au trot. Plus vite cette fois. Elle dépose le bâton à mes pieds, elle s’assoit sur ses talons, la bouche encore pleine de poussière, et elle attend.
— Bonne chienne.
Je lui caresse la tête. Elle ferme les yeux une seconde. Elle est bien. Elle est exactement où elle veut être.
Je relance le bâton. Trois fois. Cinq fois. Elle court, elle ramasse, elle revient. Elle prend goût. Ses genoux doivent commencer à brûler mais elle ne montre rien.
Je reprends les ordres dans le désordre.
— La soumise.
Elle rampe à mes chaussures, elle lèche.
— En rut.
Elle se cale contre ma jambe, elle frotte.
— La belle.
Elle se redresse, fière, le menton haut, les épaules en arrière, et elle aboie.
— Le trou.
Elle se met joue au sol, cul écarté.
— Cavaler.
Elle part au trot, elle revient.
— La perverse.
Elle se frotte sur ma chaussure.
— La coquine.
Elle se branle, dos à moi, face au chemin.
— La joueuse.
Elle se roule au sol.
Elle exécute tout. Sans une hésitation. Sans une seconde de retard. Le passage d’un ordre à l’autre est immédiat, propre, beau à voir. Elle a appris. Elle est bien dressée. Je le lui dis.
— Bonne chienne. Très bonne chienne. T’as bien appris.
— Merci Maître.
— T’es belle comme ça. T’es exactement ce que je voulais que tu sois.
— Merci Maître.
Elle est rouge sous le rouge à lèvres. Ses tétines sont durcies à fond. Elle a la chatte qui coule, je le vois sur l’intérieur des cuisses, des traces brillantes qui descendent sur le bas. Elle est au bord, je le vois bien. Elle a envie d’autre chose. Elle a envie d’une bite. Elle a envie qu’on la regarde. Elle me l’a dit tout à l’heure, dans la voiture — la déception qu’il n’y ait personne. Et je le vois, là, après une demi-heure de dressage, qu’elle est frustrée. Pas de public. Pas de mecs queue à la main dans les buissons. Pas de regards dans le noir. Juste moi.
— On y va.
— Oui Maître.
Je l’arrête. Je tends la main.
— Le string.
Elle l’enlève. Elle me le donne.
— Dans la gueule.
Elle ouvre la bouche, je glisse le string à l’intérieur. Le tissu humide contre la langue, le goût de sa propre mouille. Je remets la laisse au collier.
— On rentre. Au pied.
Elle se redresse. Elle marche à mon côté, la laisse tendue, le string dans la gueule, le cul à l’air, les talons qui claquent. On reprend le chemin du retour.
Je sors le téléphone. Je commence à filmer. Elle ne se cache pas, elle pose. Elle me regarde, elle regarde la caméra, elle remue le cul. Le string serré entre les dents, elle tire la langue par-dessus, elle fait la chaudasse. Je prends des plans larges, des plans serrés. Le collier, le visage, le cul, les seins qui bougent. Tout ça, ça va finir sur Twitter demain. Du beau contenu. Des dizaines de cocus qui vont se branler dessus, des dizaines de DM, des demandes pour la voir en vrai. Elle adore. Elle adore qu’on la voie. Elle adore qu’on l’utilise même pour ça — pour faire bander des inconnus à distance.
— L’annonce.
Elle s’arrête. Elle sait.
Je tourne le téléphone vers elle. Plan serré sur le visage et le décolleté. Le rouge à lèvres, le crayon, l’eye-liner, le collier, les seins nus, les arbres derrière dans la pénombre. Je lance l’enregistrement.
Elle prend le string entre ses doigts, l’enlève de sa bouche, le tient à la main.
— Bonsoir, dit-elle, la voix un peu cassée. Je m’appelle Anne. Je suis une chienne. Je suis dehors avec mon Maître, sur la coulée verte de Roubaix. Je cherche du public. Je cherche des hommes pour me regarder faire la chienne. Pour me regarder me branler, ramper, lécher des chaussures. Je cherche des bites. Je veux servir de vide-couilles. Je veux qu’on m’utilise.
Elle parle deux longues minutes. Elle se lâche. Elle dit « bouche à pipe », elle dit « trou à foutre », elle dit « ma chatte est là pour vous servir ». Elle parle comme une dévergondée. Elle parle comme une chaudasse. Sa voix prend des inflexions de pute, de chienne. Je vois dans ses yeux qu’elle est partie, qu’elle est dans le truc, qu’elle s’éclate. Et elle se sent bien. À poil dehors, en pleine nuit, sur un petit chemin, face au téléphone de son Maître. Elle sait qu’elle me fait plaisir. Je vois le petit sourire au coin de la bouche entre deux phrases. Elle est fière.
— Je veux des hommes, finit-elle. Je veux qu’on me prenne. À plusieurs. En même temps. Je veux qu’on se vide sur moi. Je suis une chienne. Je suis là pour ça.
Coupez.
— Très bien.
— Merci Maître.
Elle remet le string dans la bouche. On reprend le chemin. La voiture est à cinquante mètres. On y arrive. Elle ouvre la portière, elle s’installe au volant. Toujours à poil. Toujours juste les bas et les talons. Et le collier. Et le string dans la gueule. Je monte côté passager.
— Tu peux le sortir.
Elle l’enlève de la bouche, le pose sur le siège arrière avec la veste. Elle démarre.
On reprend la route. Vers la maison.
Elle conduit. Elle est calme mais je vois qu’elle est ailleurs. Elle a la chatte qui coule, je le sens — ça doit faire des traces sur le tissu du siège. Tant pis. Elle conduit sans rien dire. Je la regarde de profil. Le rouge à lèvres a un peu coulé, le crayon est légèrement étalé, l’eye-liner tient. Elle a le visage d’une chienne fatiguée et excitée qui rentre à la niche.
À mi-chemin, sur une petite départementale, je dis :
— Gare-toi.
Elle obéit. Sans un mot. Sans une question. Elle met le clignotant, elle se range sur le bas-côté, elle coupe le moteur. On est au bord d’un champ. Pas une lumière. La nuit pleine.
— Écarte les cuisses. En grand.
Elle se cale dans le siège, elle remonte les pieds sur le tableau de bord, les talons qui posent leurs pointes sur le plastique. Les cuisses ouvertes au maximum. Le bas qui tient. La chatte ouverte, brillante, dans la pénombre de l’habitacle.
— Branle-toi.
Elle descend la main. Elle commence. Le majeur sur le clito, lentement.
— Et raconte-moi ce que t’aurais aimé faire ce soir, là-bas, sur ce chemin.
Elle parle tout en se branlant. Elle parle d’une voix de plus en plus rauque, de plus en plus basse.
— J’aurais aimé qu’il y ait du monde, Maître. Des hommes dans le noir. Des silhouettes. J’aurais aimé qu’ils sortent des buissons. J’aurais aimé qu’on me regarde faire toutes les positions. La belle, le trou, la coquine. Qu’on me voie m’exposer. Qu’on voie ma chatte. J’aurais aimé qu’un mec se branle juste à côté, qu’il me jouisse dessus. Sur la joue. Sur les seins. J’aurais aimé…
Elle accélère. Sa main va plus vite. Elle gémit entre les phrases.
— J’aurais aimé que vous me donniez à un mec, là, sur le chemin. Que vous l’amène. Qu’il me prenne par-derrière à quatre pattes pendant que vous me tenez en laisse. Qu’il m’utilise. Que je serve. J’aurais aimé qu’il y en ait deux. Trois. Que je suce pendant qu’on me prend. Que je sois leur trou. Que je sois rien d’autre. Juste un trou pour eux. Juste une chienne à fourrer. Maître…
Elle est au bord. Je le vois. Je le sens. Elle a la voix qui se casse, les genoux qui tremblent.
— Continue.
— J’aurais aimé qu’on me crache dessus Maître, qu’on me traite de salope, qu’on me dise que je vaux rien, que je suis qu’une chaudasse, qu’une vide-couilles, qu’on m’utilise et qu’on me jette dans un coin, et que vous m’en rameniez un autre, et un autre, et que je ferme jamais les jambes, jamais…
Elle jouit. Elle jouit fort. Elle a un cri retenu, étouffé, le bassin qui se soulève contre sa main, les talons qui tapent contre le tableau de bord. Elle reste figée trois secondes, la bouche grande ouverte, les yeux fermés. Puis elle s’effondre sur le siège. Elle reprend son souffle.
Je la regarde reprendre ses esprits. Je la laisse tranquille trente secondes.
— Bien.
— Merci… Maître…
Elle a la voix complètement cassée.
— T’as joui fort.
— Oui Maître.
— T’en as envie.
— Oui Maître. J’ai vraiment envie. Faites-le. Faites-moi servir. J’ai envie. Pour de vrai.
Je la crois. C’est pas du discours d’excitation. C’est sincère. Elle me regarde dans les yeux, dans la pénombre de l’habitacle, et elle me dit qu’elle veut. Pour de vrai. Octobre approche.
— Bien. Tu serviras.
— Oui Maître.
— Démarre. On rentre.
Elle s’essuie la main sur le bas, elle relance le moteur. Elle conduit les dix derniers kilomètres en silence. Plus calme maintenant. Vidée. Bien. Le visage qui se détend lentement.
On arrive à la maison. Elle gare la voiture. On descend. Elle prend sa veste sur le siège arrière, le string aussi, elle les tient à la main. Elle ne les met pas. Elle traverse le garage à poil, le collier toujours au cou. On entre. Elle pose ses affaires sur la console de l’entrée.
— Va te coucher.
— Oui Maître.
Elle monte. J’entends ses talons dans l’escalier, puis qui s’arrêtent — elle les enlève. La porte de la chambre. La salle de bain. L’eau qui coule. Elle se démaquille. Elle enlève les bas, le collier, qu’elle pose sur la commode. Elle se couche.
Je redescends au salon. Je reprends ma place sur le canapé. La série est toujours en pause à l’endroit exact où je l’avais laissée. Je relance. Je remets les images. Je pense à elle, en haut, en train de s’endormir avec la chatte gonflée et la bouche encore pleine du goût du string.
Je pense à octobre. À la pièce qu’on prépare. Aux huit. Peut-être dix. À ce qu’elle va sentir quand le premier rentrera. À ce que ça va être quand le quatrième la prendra par la bouche pendant qu’on est encore dans son cul. À ce qu’elle va dire après. Au moment où elle rentrera, dans quelques semaines. Couverte de sperme. Du sperme dans les cheveux, sur le visage, qui aura coulé sur les seins, qui aura séché sur les cuisses. Le maquillage en vrac. Le mascara qui aura coulé. Les bas filés. Les genoux marqués. Et ce sourire qu’elle aura. Celui qu’elle a après.
Je remets la série. Elle dort déjà.
