Tes barrières, tes freins, tes tabous : à toi ou hérités des autres ?
On croit souvent que nos blocages viennent de nous, que c’est notre nature profonde qui nous empêche d’avancer.
Mais si on gratte un peu, on s’aperçoit que beaucoup de nos peurs sont héritées : elles viennent des parents, de l’école, de la société, de tout un décor qui nous a appris à nous méfier de nous-mêmes.
Alors, tes barrières, elles sont vraiment à toi ? Ou ce sont des héritages que tu traînes sans t’en rendre compte ?
1. La peur d’aller trop loin
Sombrer dans le vide intérieur
Ce qui paralyse le plus, c’est cette sensation qu’en lâchant les freins, on va tomber. Sombrer dans un vide intérieur où plus rien n’a de sens. C’est la peur de se perdre, de ne plus rien contrôler.
Nietzsche disait : « Si tu regardes longtemps l’abîme, l’abîme regarde aussi en toi ». Cette phrase, tu la connais peut-être, et elle résonne fort : céder à ses désirs, dépasser ses limites, c’est flirter avec un gouffre.
Mais cette peur n’est pas un hasard. Elle révèle une vérité : tu es en face de quelque chose de vital. Si tu trembles, c’est que tu es déjà au bon endroit. La clé ?
Avancer pas à pas. Accepter d’explorer sans se jeter d’un coup. Comme en BDSM, où le safe word rassure : on ose aller plus loin parce qu’on sait qu’on garde un filet de sécurité.
2. La peur de défier l’autorité parentale
Le fantôme de papa et maman
Beaucoup de nos tabous viennent de là. L’autorité parentale intériorisée : ces voix qui disent « ne fais pas ça », « c’est sale », « tu vas te faire mal voir ».
Même adulte, elles continuent de gueuler dans nos têtes. Jacques Salomé parlait de ces « héritages invisibles » qui nous collent à la peau, même quand on croit s’en être libéré.
Dépasser ça, c’est comprendre que tu n’es plus l’enfant qu’on surveillait. Tu n’as plus à demander la permission pour jouir, pour explorer, pour vivre.
La solution ? Reprendre symboliquement ton pouvoir. Certains écrivent une lettre qu’ils ne donneront jamais, d’autres créent un rituel : brûler une phrase héritée, casser une croyance, affirmer : « ça, c’était leur peur, pas la mienne ».
3. La peur de se dévoiler
Le jugement qui brûle
L’autre barrière la plus fréquente, c’est la peur d’être jugé·e. De se montrer tel qu’on est et d’essuyer un regard dur. On se dit : « Si je me révèle, on va me prendre pour une tarée, une salope, un faible. »
Et c’est vrai : il y aura toujours des gens pour juger. Mais la question, c’est : à qui donnes-tu le droit de valider ta vie ?
André Comte-Sponville le dit bien : « La sexualité est une sagesse du corps ». Ce n’est pas une faute, c’est une vérité. Et personne n’a à t’en priver. Pour dépasser cette peur, il faut s’entourer de personnes qui comprennent.
Trouver ton cercle, ton partenaire, ton espace où tu peux te montrer sans masque. Commence petit : une parole sincère, un geste assumé. La honte se dissout dès qu’elle est partagée dans un cadre sûr.
4. La peur de ne pas être “normal·e”
Et si je suis trop bizarre ?
On a tous cette question : “Et si je suis anormal·e ?”. Si mes désirs, mes fantasmes, mes envies me mettent à l’écart du reste du monde. La société a foutu dans nos têtes un modèle unique : couple hétéro, missionnaire, deux fois par semaine. Tout ce qui dépasse est estampillé déviant.
Mais la vérité, c’est que le normal n’existe pas. Freud l’avait déjà martelé : « La sexualité est au cœur de l’existence humaine ». Elle est multiple, mouvante, jamais figée.
La peur de l’anormalité, c’est juste l’ombre du conformisme. La dépasser, c’est accepter que ton désir est ton identité. Tu n’as pas à cocher une case, tu n’as qu’à vibrer selon ta propre musique.
5. La peur d’être englouti par le désir
Quand le feu fait peur
Il y a une peur plus sournoise : celle de se laisser consumer par son désir. Tu te dis : « Si je lâche, je vais tout foutre en l’air : ma famille, mon couple, ma carrière. » C’est la peur de l’incendie. Bataille appelait ça « l’approbation de la vie jusque dans la mort ». L’érotisme n’est pas sage, il brûle, il emporte.
Mais là encore, la clé n’est pas de fuir. C’est d’apprendre à danser avec le feu. Mettre des cadres, des rituels, des espaces où le désir peut exploser sans tout détruire.
BDSM, polyamour, sexualité ritualisée… peu importe la forme : ce qui compte, c’est de donner une place à ton désir plutôt que de le refouler. Car un désir refoulé ne disparaît jamais, il se transforme en frustration, en aigreur, en poison.
6. La peur de souffrir
L’ombre derrière le plaisir
Enfin, il y a cette peur universelle : et si ça faisait mal ? Pas juste physiquement, mais émotionnellement. Et si je m’ouvrais, et qu’on me rejetait ? Et si je me livrais, et qu’on me trahissait ?
Comme disait Épicure : « Certains plaisirs apportent plus de troubles que de joies ».
Le risque est réel. Oui, l’amour et le sexe font mal. Mais l’alternative, c’est de vivre figé, protégé, mais seul. La solution ? Avancer avec discernement : écouter ton corps, poser des limites claires, cultiver la confiance réciproque. C’est le prix pour accéder à une sexualité et une vie vraiment vibrantes.
Conclusion : tes peurs sont des signaux, pas des prisons
Alors, tes barrières, elles sont à toi ? Pas vraiment. La plupart viennent de l’extérieur, de voix anciennes qui continuent de t’habiter. Mais la peur n’est pas ton ennemie : elle est un signal. Elle pointe là où tu dois creuser, là où tu peux te libérer.
La vraie question n’est pas : « Comment supprimer mes peurs ? » mais : « Qu’est-ce qu’elles m’indiquent ? ». Chaque peur cache un désir, chaque tabou cache une vérité intime.
Dépasser tes freins, ce n’est pas devenir invincible, c’est apprendre à marcher avec eux, à les transformer en carburant.
Ton désir, c’est ton boussole. Il t’indique la direction. Et si tu trembles, c’est justement parce que tu es à l’endroit juste. Là où ça brûle, là où ça dérange, là où ça libère. Alors, tu choisis quoi : rester enfermé dans des murs hérités des autres, ou commencer à poser tes propres règles ?


