La honte du sexe : prison d’Augustin ou sagesse du corps

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La honte du sexe : animalité ou sagesse du corps ?

On a tous ressenti ça. Ce mélange étrange, entre chaleur et malaise, quand le désir surgit. Une excitation, et tout de suite derrière… une pointe de honte.

Comme si notre corps trahissait une faiblesse. Comme si le plaisir devait forcément s’accompagner de culpabilité.

Cette honte n’est pas innée. Elle est héritée. Saint Augustin, figure majeure du christianisme, a marqué notre culture en présentant le sexe comme la preuve de notre chute.

L’homme, disait-il, est divisé : son âme aspire à Dieu, mais son corps l’entraîne vers la chair. La honte, dans ce cadre, devient un garde-fou. Elle rappelle que nous ne sommes pas des anges. Pire : que nous sommes des bêtes à redresser.

Des siècles plus tard, André Comte-Sponville prend le contre-pied. Pour lui, pas de paradis perdu, pas de chute originelle. Le sexe n’est pas une malédiction. Il est une part de notre humanité, ni plus, ni moins.

Et la honte ? Elle n’est pas une condamnation définitive, mais une occasion de se connaître, de s’assumer.

Alors, la honte du sexe : est-elle le signe d’une animalité honteuse… ou le chemin d’une sagesse du corps ?

Héritage d’Augustin : le sexe comme chute

Pour Augustin, le désir sexuel est insoumis, incontrôlable. Même l’homme le plus pieux sent son corps s’agiter malgré lui. Et c’est cela qu’il redoute : que le sexe échappe à la volonté. Que le corps prenne le dessus sur l’esprit.

Cette vision a façonné des siècles de morale chrétienne.

  • Le sexe est toléré dans le mariage, mais uniquement pour procréer.
  • Le plaisir, lui, est suspect.
  • La honte devient un outil de contrôle : on doit rougir pour rester dans le droit chemin.

Résultat : nous portons encore ce poids. Des générations entières ont grandi avec l’idée que désirer, c’était mal.

Même aujourd’hui, dans des sociétés plus libres, l’ombre d’Augustin reste là : dans la culpabilité après la masturbation, dans les silences familiaux, dans l’impression qu’il faut se cacher pour vivre son plaisir.

Mais faut-il vraiment voir dans la sexualité une faiblesse animale ? Nietzsche, bien plus tard, nous invitait à renverser ce regard : « Deviens qui tu es ».

La vie, disait-il, n’est pas à fuir mais à embrasser dans sa totalité, y compris ses élans charnels.

Comte-Sponville : écouter le corps sans s’y soumettre

André Comte-Sponville, philosophe athée et matérialiste, ne cherche pas à idéaliser le sexe. Il ne l’oppose pas non plus à l’esprit.

Pour lui, c’est une expérience humaine : une joie du corps, souvent simple, parfois sublime, parfois ratée. Mais en aucun cas une malédiction.

Il écrit : « Le sens de la vie n’est pas donné, il est à construire ». Le sexe n’échappe pas à cette règle. Ce n’est pas un péché, mais pas non plus une promesse d’absolu.

C’est une dimension de notre vie que nous devons apprendre à habiter, sans honte inutile, sans illusion mystique.

La force de Comte-Sponville est de rappeler que nous ne sommes pas que des bêtes, ni que des anges. Nous sommes des êtres incarnés.

La sagesse ne consiste pas à fuir le corps, mais à l’écouter. Pas à s’y soumettre aveuglément, mais à reconnaître en lui une part de vérité.

La honte : fardeau ou passage vers soi ?

La honte sexuelle agit comme une alarme intérieure. Freud y voyait une trace du refoulement, un mécanisme qui protège l’individu du scandale social. Mais ce qui protège peut aussi enfermer. Trop de honte, et le désir devient prison.

La psychologue Brené Brown, spécialiste de la honte et de la vulnérabilité, rappelle : « La honte déteste les mots. Si on la met en lumière, elle s’éteint ». Autrement dit, c’est en parlant, en écrivant, en explorant que la honte cesse de nous dominer.

Nos lecteurs le savent bien. Claire, par exemple, vit avec cette ambivalence : vouloir être vraie, et se sentir coupable de désirer. Comme Christine ou Sylvie, elle oscille entre la peur d’être jugée et l’envie d’exister pleinement. La honte du sexe n’est pas un obstacle définitif : c’est un passage.

Transformer la honte en sagesse du corps

Alors, que faire de cette honte ? La fuir ne sert à rien. Comme l’écrit Spinoza : « Rien n’est véritablement bon ou mauvais en soi ; c’est l’esprit qui rend les choses ainsi ». Autrement dit, la honte n’a de sens que si on lui en donne.

Quelques pistes concrètes pour transformer la honte en chemin :

  • Nommer : écrire ses désirs, même les plus honteux, sans filtre. La honte se dissout dans la clarté.
  • Partager : trouver un espace sûr pour dire (un ami, un thérapeute, un partenaire). La parole libère.
  • Explorer : oser expérimenter dans un cadre choisi, pour réconcilier corps et esprit.
  • Accueillir : voir la honte non comme une condamnation, mais comme une étape vers l’authenticité.

C’est un travail de lucidité et de courage. Avancer, ce n’est pas se débarrasser de la honte, mais apprendre à marcher avec elle jusqu’à ce qu’elle se transforme.

De l’animalité à la sagesse

La honte du sexe n’est pas une fatalité. Elle vient d’un héritage religieux qui a voulu opposer le corps et l’esprit. Mais aujourd’hui, nous pouvons choisir autrement.

St Augustin voyait dans le sexe la marque de la chute. Comte-Sponville y voit la joie simple du corps. Et toi, que veux-tu y voir ?

Peut-être est-ce là, la vraie sagesse : accepter notre corps comme un lieu de vérité. Reconnaître que la honte est une invitation, non une condamnation. Le corps n’est pas un ennemi : il est un guide.

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