Féministe dans la rue, soumise dans les draps : l’art du paradoxe assumé
On va mettre les pieds dans le plat tout de suite. Il y a cette petite voix dans ta tête, celle qui te juge quand tu fantasmes sur des cordes ou des ordres aboyés. Cette voix qui te dit : « Attends, tu passes ta vie à te battre pour l’égalité, pour qu’on arrête de te marcher dessus au boulot, et là, tu veux te mettre à genoux ? »
C’est le grand écart mental. D’un côté, tu es cette guerrière qui ne laisse rien passer, qui exige le respect, l’équité salariale et qui ne baisse pas les yeux face au patriarcat.
De l’autre, une fois la porte de la chambre fermée, tu rêves d’abandon, de perdre le contrôle, voire de te faire « objectifier » le temps d’une soirée. Ça gratte, hein ? On a l’impression de trahir la cause. On se sent coupable d’aimer ça.
Sauf que non. Respire un grand coup. Ton désir n’est pas une trahison politique. C’est même tout le contraire. On va décortiquer ça ensemble, parce qu’il est temps que tu arrêtes de culpabiliser pour ce qui te fait vibrer.
Le pouvoir du choix : la soumission n’est pas l’oppression
Il faut qu’on soit très clairs sur les définitions. La soumission dont on parle ici, celle qui se passe dans un cadre BDSM, n’a strictement rien à voir avec la soumission subie que combattent les féministes. La différence ? Elle tient en un mot, mais il pèse des tonnes : le consentement.
Dehors, quand on t’impose un rôle, quand on te coupe la parole, quand on te siffle, tu n’as pas choisi. C’est de la violence. Dans le donjon (ou ta chambre), quand tu décides de remettre les clés de ta volonté à ton partenaire, c’est un acte de souveraineté absolue. Tu n’es pas faible parce que tu obéis ; tu es puissante parce que tu as décidé d’obéir.
Comme le disait Herbert Marcuse, philosophe et sociologue de l’École de Francfort : « La libération sexuelle est une condition de la libération humaine ». Si tu t’interdis d’explorer une partie de ta psyché sous prétexte que « ça ne fait pas bien sur le CV de la féministe parfaite », tu t’enfermes toi-même dans une nouvelle prison morale.
Le féminisme, c’est se battre pour que les femmes disposent de leur corps comme elles l’entendent. Et si disposer de ton corps, pour toi, c’est le laisser se faire attacher le vendredi soir, alors c’est ton droit le plus strict.
L’illusion de la faiblesse
C’est là que le paradoxe devient savoureux. Dans une scène BDSM bien faite, qui détient le vrai pouvoir ? C’est la soumise. C’est toi. Pourquoi ? Parce que tout s’arrête si tu le dis. Le Dominant n’est là que pour servir ton plaisir et tes limites.
C’est une danse où tu guides en ayant l’air de suivre. Tu es le chef d’orchestre qui a décidé de laisser la baguette à un autre, juste pour voir comment il joue ta partition.
La charge mentale : pourquoi les femmes de pouvoir aiment lâcher prise
Parlons de ton quotidien. Tu gères tout. Les dossiers urgents, les factures, l’organisation, les émotions des autres. Tu es le pilier. C’est épuisant. Ça laisse des traces. Ça marque. Ça pèse. Ton cerveau est en surchauffe permanente, toujours en train d’anticiper, de décider.
Le BDSM, pour beaucoup de femmes « fortes », c’est la soupape de sécurité ultime. C’est le seul moment où tu as le droit de déposer les armes.
Le luxe de ne plus décider
Imagine… Pendant une heure, deux heures, une nuit, tu n’as plus rien à décider. On te dit quoi faire, comment te tenir, quand jouir. C’est un silence mental assourdissant de bien-être. Ce n’est pas que tu aimes la douleur ou l’humiliation en soi, c’est que tu cherches cet état de « Flow », cette transe où la responsabilité s’évapore.
C’est une forme d’hygiène mentale. Tu ne peux pas être en tension permanente. Accepter d’être vulnérable dans un cadre sécurisé, c’est ce qui te permet de repartir au combat le lendemain matin, la tête haute et les épaules solides. Tu te vides pour mieux te remplir. C’est une thérapie par le vide.
Comment concilier tes valeurs et tes fantasmes : le mode d’emploi
Bon, c’est bien beau la théorie, mais comment tu fais pour vivre ça sans que ton cerveau se mette en travers de la route ? Tu as besoin d’un cadre. Tu es une exploratrice, mais tu n’es pas suicidaire. Tu veux l’intensité, mais avec le filet de sécurité.
Voici comment tu peux t’approprier ta soumission tout en restant la patronne de ta vie :
- Négocie comme une PDG : Avant même qu’une main ne se pose sur toi, tout doit être discuté. C’est ici que ton féminisme s’exprime. Tu définis tes limites, tes « Hard limits », ce que tu veux et ce que tu refuses. Tu signes ton contrat moral. Si le partenaire en face rechigne à discuter ou te traite de « coincée », il dégage. Next.
- Utilise la douleur comme un outil, pas une punition : Tu ne subis pas la douleur parce que tu penses que tu le mérites. Tu l’utilises pour déconnecter ton cortex préfrontal et descendre dans ton corps. C’est toi qui l’instrumentalises pour ton plaisir.
- Le débriefing (Aftercare) est non-négociable : Après la scène, on redevient égaux. On parle. On s’assure que tout va bien. C’est le retour à la réalité, et c’est là que se vérifie le respect mutuel.
Réapproprie-toi les mots
Les insultes, ça peut faire partie du jeu. Se faire traiter de « chienne » ou de « salope » dans le feu de l’action, ça peut être incroyablement libérateur. Pourquoi ? Parce que tu vides ces mots de leur venin. Dans la rue, c’est une insulte. Dans ton lit, c’est un jeu de rôle que tu as validé. Tu transformes l’arme de l’agresseur en jouet pour ton orgasme. C’est le pied de nez ultime.
Alors, arrête de te flageller (sauf si c’est ce que tu veux, littéralement). Tu as le droit d’être complexe. Tu as le droit d’être une militante acharnée le jour et une soumise dévouée la nuit. L’un ne salit pas l’autre. L’un nourrit l’autre. L’important, c’est que tu sois aux commandes de ton propre plaisir. Toujours.


